En janvier 1970, Johnny Hallyday fait paraître un nouveau single : "Ceux que l'amour a blessés", inspiré d'une marche écossaise. On y entend une curieuse flûte traversière, semblable à celle de Ian Anderson qui cartonne outre-manche avec son groupe Jethro Tull. L'interprétation vocale n'est pas sans rappeler "Que je t'aime" : c'est la première tentative de clonage du succès précédent, et pas la dernière.

Le 20 février, et alors qu'ils tournent ensemble, Johnny et Sylvie sont victimes d'un accident de la route, près de Belfort. La DS 21 blanche est en miettes, la chanteuse aussi. Lui s'en sort avec le nez cassé.

Le 21 mars, Johnny apparaît pour un gala spécial des dix ans du Golf Drouot. Le chanteur s'est épaissi, tout comme sa barbe. Il interprète A tout casser, Cours plus vite Charlie, Voyage au pays des vivants, Rivière ouvre ton lit, Mal, Que je t'aime, Je te veux et Whole lotta shakin.   

Le 29 avril est publié un nouveau 45T, fruit d'une première collaboration avec le jeune écrivain Philippe Labro, fou comme Johnny d'Amérique. C'est la chanson à scandale "Jésus Christ" (est un hippie), qui sera interdite à l'ORTF, mais qui atteindra néanmoins la première place des ventes. En face B, "On me recherche" est un inédit, chanson sur un voyou en cavale.

Mai et juin sont consacrés au cinéma. Sous la direction de Robert Hossein, Johnny Hallyday tourne sur les plages de Royan "Point de chute". Il y joue le rôle de Vlad le roumain. Scénario : la jeune fille d'un riche industriel est enlevée par des voyous. L'un des ravisseurs en tombe amoureux. Comme son nom l'indique, le film n'a pas de fin.

Puis le chanteur s'embarque durant tout l'été dans une longue tournée de 67 galas en province. Le record sera atteint à Toulouse avec 25 000 personnes.

En octobre paraît un nouveau single : "Deux amis pour un amour", écrit par Jean-Jacques Debout et Roger Dumas, qui s'occuperont très bientôt de la carrière de Chantal Goya. On peut lui préférer sa face B, "Rendez-moi le soleil", écrite par Philippe Labro, aux velléités écologistes. C'est aussi en octobre que les salles projettent "Point de chute", plutôt bien accueilli par la critique. C'est le meilleur film de Johnny jusque là. Il n'y a pas de mal.

Le 6 novembre est publié l'album "Vie", enregistré entre octobre 69 et juin 70. La presse note la qualité des textes et la voix plus profonde du chanteur. C'est un disque assez spécial, largement dominé par la patte de Philippe Labro qui glisse plusieurs textes en forme de constats sociaux. "La pollution", écrite par Jacques Lanzmann, parolier fétiche de Dutronc, sonne curieusement dans la bouche de Johnny. On l'entend d'ailleurs se tromper dans la prononciation du mot "vaciller" (on a dû lui écrire "vacciller" sur ses notes) : l'ambition littéraire du disque excède un peu la personnalité "premier degré" du chanteur. L'album culmine avec le fameux "Poème sur la 7e", qui aurait pu figurer dans la B.O. du film d'anticipation "Soleil Vert".

vie

Parmi les nouveaux musiciens qui accompagnent le chanteur, on remarque un certain René Morizur au saxophone et à la flûte. Le bonhomme, qui a tâtonné avec les débuts du groupe Magma, jouera plus tard avec Sardou, Lavilliers et Bill Deraime notamment. Il sortira de l'ombre dans les années 90 en fondant le super groupe... Les Musclés.

En décembre, Johnny s'attèle déjà à la conception de son prochain show parisien. On sait qu'il s'intitulera Pollution et qu'il fera largement référence aux problèmes écologiques et sociaux du moment, jusque dans sa mise en scène. Dans un entretien à Paris-Match, où on le voit, imberbe et amaigri, se laisser pousser les cheveux, il déclare qu'il ne boit plus une goutte d'alcool et mange le plus sainement possible.

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