En janvier 1968, Johnny Hallyday fait paraître un nouveau 45T : "La ballade de Bonnie and Clyde", inspiré par le film d'Arthur Penn. Un gentil navet au banjo et au piano bastringue un peu rattrapé par "Mal" en face B, l'adaptation du standard soul "Hush" de Billy Joe Royal. On y retrouve aussi deux chansons tirées du film les Poneyttes, "Le mauvais rêve", un peu psychédélique, et "Hit-Parade", sur la difficulté de faire un tube.

En mars, le chanteur se voit retirer son permis de conduire pour excès de vitesse. Il s'enfuit à Londres pour enregistrer de nouvelles chansons, avant de s'envoler avec son épouse en Amérique du Sud pour quelques concerts mémorables ensemble.

En avril paraît le film "A tout casser", accompagné par le 45T du même nom. Jimmy Page est à la guitare sur ce morceau un peu hard. Le 5 de ce mois, Johnny participe à la nuit hippie de Courtrai.

Le 8 avril, Hallyday est la vedette de l'émission télé "Le Petit Dimanche Illustré", animé par Romain Bouteille et Gérard Klein. Il chante une nouvelle chanson, "Ma Vie à T'aimer", adaptation du "Loving You" d'Elvis Presley.  Et justifie ce slow : "Je pense que les jeunes, même s'ils aiment le rock, aiment aussi écouter de temps en temps une chanson sentimentale. Les jeunes sont plus sentimentaux qu'on ne le pense." Quand Romain Bouteille essaie de faire remarquer au chanteur qu'il diversifie son registre, celui-ci rétorque candidement : " Je pense qu'un chanteur doit pouvoir s'adapter à jouer la chanson qu'il chante. C'est comme un comédien. S'il chante une chanson de gangster (référence au titre "L"histoire de Bonnie and Clyde", NDR) il doit pouvoir imiter des gangsters. Et s'il chante une chanson d'amour, il doit pouvoir la chanter avec tendresse."

On retient une phrase d'Hallyday durant les événements de mai : "Je ne me sens pas concerné par les événements". Quid alors de ce témoignage d'un manifestant qui prétend avoir vu arriver le chanteur sur sa moto et remettre un chèque à une bande d'étudiants en colère ?

En juin paraît le 45T "Entre mes mains", porté par des arrangements baroques. On y retrouve aussi un titre plus engagé, "Jeune homme", adressé à une certaine bourgeoisie qui prétend avoir "tout vu et tout vécu". Deux autres titres, "Je n'ai jamais voulu croire" et "Au pays des aveugles" (aux paroles délicieusement surréalistes), confirment l'orientation anglaise. Au recto, Johnny précise que ce disque a été préparé avant les évènements et ne s'y rapporte d'aucune manière.

Le 28 juin, l'album "Jeune Homme" est publié. On retrouve trois arrangeurs de renom : l'anglais Reg Guest, Jean-Claude Vannier (qui s'illustrera trois ans plus tard avec Gainsbourg pour "Melody Nelson" puis avec Jonasz) et le musicien classique Jean-Claude Petit. L'album souffre d'un manque de cap évident, entre pop ouvragée, hard-rock, psyché et d'inévitables mièvreries. Surtout, la plupart des chansons ont déjà été débitées en 45T, ce qui émousse l'intérêt du disque.

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On voit ensuite Johnny fréquenter assidûment le milieu hippie parisien. Les tenues vestimentaires, chemises à large jabot, pantalons brodés et colliers de perles, le montrent.

En octobre paraît déjà un nouvel album : "Rêve et amour". La pochette, réalisée par Paul Whitehead, futur maquettiste des pochettes du groupe anglais Genesis, propose un collage avec l'effigie de Johnny sur la silhouette d'un grand seigneur en peinture. Partout fourmillent des têtes de personnages célèbres : De Gaulle, Fernandel, Kennedy, Marylin, les Beatles, Mick Jagger etc... Le premier 45T extrait est une adaptation country d'un morceau d'Eddie Cochran, "Cours plus vite Charlie". Comme le précédent, cet album déçoit par ses éparpillements. Il est sauvé par quelques chansons comme le troublant "Fumée" (dont les cordes rappellent "La génération perdue") et les arrangements ahurissants d'une chanson comme "En rêve", dont le musicien-producteur Bertrand Burgalat dira en 2001 qu'elle est l'une des plus fortes de Johnny. A noter aussi le slow mélodramatique "Non ne me dis pas adieu", écrite par un jeune freluquet : Eric Charden, pas encore marié à Stone...

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Dans la foulée de ce disque, le chanteur entreprend une tournée... en Afrique du Sud. Dès le deuxième soir, à Joannesburg, il tombe dans la fosse d'orchestre et se casse le pied. Le tour de chant ne sera pas interrompu pour autant et l'on verra Johnny poursuivre sa route en France durant le mois de novembre avec une jambe dans le plâtre. Autre nouveauté : une moustache et une courte barbe poussent sur son visage... La télévision française diffusera  des extraits de son show donné au Palais d'Hiver de Lyon. Chemise blanche à jabots, pantalon noir, bandeau dans les cheveux, il interprète notamment "Petite Fille",  "Jeune Homme" et "Je suis seul" devant des jeunes qui brandissent des panneaux "Johnny Président".

En décembre, le chanteur va quitter sa défroque hippie. Il s'envole une nouvelle fois à Londres pour enregistrer d'autres chansons, d'un "style nouveau", promet-il. Encore?