En janvier, Johnny Hallyday est en thalassothérapie à Quiberon, un endroit qu'il fréquentera souvent par la suite pour se retaper après ses périodes d'excès avouées ou avant ses tournées. Il vient d'effectuer, en novembre et décembre 1981, des enregistrements au Sound Connection Studios de Los Angeles et au Studio des Dames à Paris, et s'apprête à partir présenter ces nouvelles chansons au public français.

aigle

Le 5 février paraît l'album "Quelque part un aigle", un album réalisé par Pierre Billon. Le nouveau mentor de Johnny, et aussi son principal compositeur,  succède à Michel Mallory avec qui Johnny s'est brouillé. Michel Mallory était le trait d'union entre Johnny et Sylvie, pour qui il avait écrit aussi de nombreuses chansons. Mallory est  accusé d'avoir précipité la chute commerciale de Johnny. Le problème, c'est que Pierre Billon ne va pas faire mieux. Bien au contraire, "Quelque part un aigle" est considéré à juste titre comme l'un des pires albums du chanteur. Une sorte de soupe rock FM indigeste, pleine d'effets inutiles qui tentent de grimer des compositions particulièrement vaines. Les biceps de Johnny s'entendent : voilà de la gonflette sonore, sans rien dedans. En premier extrait paraît le 19 février le 45T Montpellier et son texte maladroit, qui n'en finit pas de dérouler un personnage parodique, Johnny lui-même, à toute allure, qui oublie finalement d'être un artiste. "Hier, j'ai pris 230 à Montpellier, j'ai souri aux radars, photographié. Les flics m'ont dit, Johnny tout de même, mais y'a donc personne que tu aimes? On dirait qu'tu veux t'tuer, moi ça m'a fait marrer..." En face B, un autre extrait de l'album, le morceau d'ouverture, La Caisse, sorte de Genesisserie avec sa batterie et ses synthés mixés en avant, est un grotesque exercice de style où l'on cherchera en vain une espèce de mélodie.


La Caisse
envoyé par Blablacass.

Le 6 février, Johnny est la vedette de l'émission Champs-Elysées, sur Antenne 2. Il chante Noir c'est Noir, La Caisse, J'ai Pleuré sur ma guitare en duo avec Claire d'Asta et termine avec La Musique Que J'aime, doublée avec Vivian Reed et conforté par les bravos de Francis Cabrel et Patrick Dewaere.

La tournée d'hiver dure près de deux mois, elle passe notamment par un gala à la prison de Fleury-Mérogis. Johnny y chante durant un peu plus d'une heure, des chansons récentes (Montpellier, Mercredi Matin, Deux Etrangers, C'est pas facile) mélangées à quelques classiques (Le Pénitencier, Noir c'est Noir, Derrière l'Amour).

Fin mars, Johnny entreprend un projet soufflé par Pierre Billon : le réenregistrement de l'ensemble de ses chansons publiées sur le label Vogue entre 1960 et 1961. Il réorchestre aussi quelques-uns de ses tubes, dont Noir c'est Noir(1) et le Pénitencier. Un outrageux exercice de défiguration sonore, envahi de synthétiseurs, boîtes à rythmes et de réverbération.

  1. Dans une émission consacrée à l'épopée disco, proposée le 7 juillet 2009, Amanda Lear rappelle que "même Johnny avait sacrifié à la mode".  On y entend cette version horrible de Noir c'est Noir sur un montage photo.

En avril, Johnny grimpe à l'Alpe-d'Huez, où i la acheté un appartement. Il y dessine les plans de son futur spectacle qu'il présentera à la rentrée. Où il est encore question de science-fiction...

Le 14 mai, le chanteur est la vedette d'un show des Carpentiers, 1+1. Il y met en scène La Caisse et présente ce qui sera le 2e extrait de l'album, Mon Amérique à moi, dont les paroles ont été écrites par un Philippe Labro qu'on a connu nettement plus inspiré. Il y entame un long medley de standards rock avec Eddy Mitchell, duétise avec Sacha Distel sur Si j'étais un charpentier, et présente la jeune Kim Wilde au public français. C'est aussi lors de cette émission qu'il fait la rencontre d'une certaine Nathalie Baye, avec qui il joue un sketch en noir et blanc, "Quoi de neuf, ma jolie?"...

Le 18 juin paraît le 45T Mon Amérique à moi, couplé à un inédit, Ave Maria, chanté en italien. Le chanteur a organisé une série de promos TV de l'autre côté des Alpes.

Il n'y a pas de tournée cet été-là. Johnny prépare son spectacle d'automne. Un film est tourné pour être projeté sur un écran pendant les concerts. Mais lors de ce tournage, Johnny est victime d'un accident de moto le 13 août. Il se blesse assez gravement à la hanche. Il aura cependant l'énergie d'enregistrer de nouvelles chansons, destinées à fournir une sorte d'histoire au spectacle, finalement à la manière de "L'ange aux yeux de laser" trois ans plus tôt.

1982

L'album qui en sort le 9 septembre s'appelle "La peur". Sur la pochette, Johnny apparaît en gros plan, le visage protégé par un casque clouté d'où perce son regard bleu. Cette nouvelle production signée Pierre Billon est une autre catastrophe artistique. Que peut-on sauver d'un tel disque ? Rien et certainement pas le morceau titre, écrit par Jean Renard, le compositeur de Que je t'aime, qui reprend presque note pour note la mélodie du classique de 1969. Le journaliste Philippe Manoeuvre, pourtant fan de l'idole, dira plus tard de ce disque dans Rock'n'Folk : "En fait de Peur, ça craint vraiment". Mélodies sans conséquence, arrangements insupportables (ces choeurs, ces synthés, ces trompettes !) et paroles indigentes : tout est réuni pour faire de ce disque un objet d'une rare laideur (même la reprise de Lynyrd Skynyrd, Cartes postales d'Alabama, sonne faux). On dira simplement, pour tempérer l'affaire, que "La Peur" appartient à son époque, les années 80, qui confondaient le son (et lequel!) avec la musique. Et de toute évidence, Johnny n'était pas de cette époque-là.

peur

Le 6 octobre paraît le 45T extrait de la Peur :  Je suis victime de l'amour, emprunté à Moon Martin, avec en face B Il nous faudra parler d'amour un jour, coécrit par Bob Decout, alors mari d'Annie Girardot et copain de fête de Johnny. Cette chanson, qu'il dédiera chaque soir de son spectacle à Nathalie Baye,  marque l'officialisation de son histoire avec l'actrice. Le spectacle Le Survivant débute le 14 octobre au Palais des Sports de Paris. La première partie est une sorte de Mad Max revisited, avec cascades en motos et combats de hache. Le seconde ressemble à celle qu'il avait mise en place au Pavillon de Paris, avec ses rocks les plus célèbres et un costume perlé en cuir bleu foncé. Tout ne se passe pas comme prévu : les musiciens anglais embauchés dans l'affaire sont mécontents des conditions de travail et le chanteur voit sa blessure à la hanche s'aggraver après un combat de haches. Le spectacle se poursuivra cahin caha jusqu'au 13 novembre.

Le  double live du spectacle sera repoussé au début de l'année suivante. Il contient trois inédits, Le grand banquet, Fantasmes et une jolie chanson composée par Nicolas Peyrac, Je n'oublierai jamais. Le spectacle donne lieu à une série de concerts en Province à partir du 19 novembre et jusqu'au 10 décembre.

En décembre paraît le nouveau simple Cartes postales d'Alabama en version live, avec Je n'oublierai jamais en face B. Pour Noël sort aussi un coffret reprenant l'intégrale du chanteur, y compris les enregistrements Vogue (34 chansons) reliftés pour l'occasion. Le chanteur passe ses vacances avec Nathalie Baye au Mexique puis à New-York. Il passera Noël dans la Creuse, chez son ami Nanard, là où Nathalie Baye a débuté le tournage du film "J'ai épousé une ombre".