En février 1976, Johnny Hallyday a bouclé son projet "Hamlet". La maison de disques refuse de prendre le risque de le publier avant de relancer les ventes du chanteur. Elle lui a fait enregistrer des nouvelles chansons après en avoir confié la réalisation à Jacques Revaux, qui se débrouille plutôt bien avec Sardou.
Le 28 février paraît le 45T "Requiem pour un fou". C'est un succès immédiat (disque d'or en 48 heures), qui annonce une année commercialement fertile. Un scopitone est aussi réalisé. On y voit le chanteur dans un champ de neige, dans un grand manteau déchiré, des fusils braqués sur lui. En face B, "Les chiens de paille" relatent à leur façon l'histoire du film du même nom de Sam Peckimpah.

Hallyday passe les mois d'avril et de mai en voyage. On le voit d'abord avec sa femme et son fils à Beverly Hills en Californie, puis en Suisse et en Italie, où il enregistre la version cisalpine de son dernier tube.

Le 9 juin paraît un nouveau 45T, alors que "Requiem..." est encore en haut des hits-parades : "Derrière l'amour", une adaptation d'un titre du chanteur romain Toto Cutugno, amplifie l'effet du précédent. Johnny est revenu au top, à tel point que la face B du single, le très latin "Joue pas de rock'roll pour moi" se classe aussi dans les hits radios.
Le 30 juin paraît l'album "Derrière l'amour", entièrement réalisé par Jacques Revaux. Si l'on y retrouve les deux 45T précédents, les quelques morceaux rythmés ne sont pas du meilleur tonneau : c'est du rock en pilotage automatique. Mais le disque contient aussi des balades et des chansons mélodramatiques aptes à séduire le grand public. "Derrière l'amour" sera finalement la meilleure vente d'album du chanteur depuis "La génération perdue", parue il y a dix ans.

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Une fois n'est pas coutume, Johnny n'entame pas de tournée d'été. Il passe ses vacances avec son ami Michel Sardou, qui l'invite sur scène à Fréjus au mois d'août.  La presse annonce à gros titres la fin du couple Johnny - Sylvie...

Début septembre sonne l'heure d'un nouveau 45T extrait de l'album : "Gabrielle", une curieuse chanson un peu folk qui devient un standard. En face B, la ballade doucereuse de Michel Mallory "Né pour vivre sans amour" rappelle "J'ai besoin d'un ami" du même auteur, paru en 1973. Le single se classera numéro un des ventes, en France mais aussi au Canada... et à Madagascar !
A partir du 25 septembre, le chanteur investit le Palais des Sports : c'est sa première grande scène depuis cinq ans. Son spectacle, "J.H.Story" sera joué à guichets fermés jusqu'au 30 octobre (avec la complicité de Michel Sardou pour la dernière). En première partie, et comme son nom l'indique, une rétrospective revisite tous les grands succès de l'idole. En deuxième partie, Hallyday mêle succès récents et standards de rock : une recette évidente mais efficace, que le chanteur adoptera régulièrement à partir de la fin des années 80. L'album live du spectacle sort le 20 octobre.

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En décembre paraît discrètement le double album concept "Hamlet Hallyday", sans le soutien publicitaire de Philips ni single extrait pour le porter. Le disque, lugubre à souhait et souvent maladroit (à l'image de la pochette), alterne un rock de bal et des mélodrames ampoulés, noyés de cordes et de choeurs théâtraux. Quant aux textes, nul ne sait à quel degré (d'humour?) certains ont été conçus ("Je lis", "Je suis fou"). Seuls les fans irréductibles (du chanteur, pas de Shakespeare) adhèreront et l'album finira rapidement dans les bacs à soldes. Plus tard, Johnny confiera à propos de cet échec : "J'étais trop en avance". Le temps lui a partiellement donné raison puisque le disque apparaîtra dans les classements des meilleures ventes au moment de sa seconde réédition en CD, en 2000.

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